Droits de l'Homme
Le Front Polisario et les violations des droits de l'Homme dans les camps de Tindouf |
La séquestration de marocains dans les camps de Tindouf a commencé depuis que le Polisario s'est transformé d'un mouvement de lutte contre l'occupation espagnole des provinces du sud du Maroc, en une organisation séparatiste, provoquant ainsi le début d'un long calvaire de ces populations. En effet, depuis plus de trente ans, elles subissent des violations en tous genres et sont soumises à des traitements barbares et dégradants ; et ce, en guise de châtiment pour avoir revendiqué leur droit le plus légitime, à savoir le retour à leur mère patrie, le Maroc. Cependant, et en dépit des disparitions forcées et des arrestations arbitraires, entre autres formes de persécution, les séquestrés de Tindouf n'ont jamais cessé d'exprimer leur mécontentement et de dénoncer la précarité de la situation dans les camps. Pour sa part, l'Algérie a toujours cautionné de telles violations alors qu'elle prétend défendre la liberté d'un soi-disant « peuple sahraoui ». Dans cette perspective, le présent article se propose de dévoiler certaines formes de violations pratiquées dans les camps de Tindouf, et de montrer comment les marocains séquestrés dans ces camps font face à cette oppression. I. Les pratiques du Polisario entre barbarie et transgression des règles du droit international Pour véhiculer sa thèse séparatiste, et contenir les revendications unionistes pro-marocaines, le Polisario recourt à une série de moyens répertoriés parmi les pratiques de violations des droits de l'Homme. Elles visent en dernier ressort à exercer une pression sur les populations séquestrées afin qu'elles entérinent la politique suivie par l'organisation séparatiste.
A. La disparition forcée Depuis sa création, le Polisario a poursuivi une politique de rapt et de disparition forcée à l'encontre de familles entières. Pour ce faire, il a procédé en deux étapes : La première étape consistait à déporter les familles vers un lieu secret, où elles étaient rassemblées avant d'être acheminées vers la région de Tindouf. La deuxième étape, celle de la réception des individus déportés et de leur affectation aux différents camps, se déroulait dans une localité appelée «Sabti», à 5 Km au sud de Tindouf. Cette opération était menée par Mohammed Abdelaziz, responsable du bureau de Tindouf à l'époque.
Cette pratique constitue une violation de la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, adoptée le 20 décembre 2006 par l'Assemblée générale des Nations Unies (Résolution A/RES/61/177), suite à la recommandation émise par le Conseil des droits de l'Homme dans sa résolution 1/1, du 29 juin 2006. Cette même Convention se réfère au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, ainsi qu'aux divers textes internationaux en la matière. Ainsi, le fait que des milliers de familles, victimes de ces pratiques, demeurent confinées contre leur volonté dans les camps de Tindouf, constitue une violation flagrante de tous les instruments internationaux relatifs aux droits de l'Homme. B. L'exercice d'une surveillance étroite sur les camps Loin de se contenter de la disparition forcée et de la séquestration, le Polisario soumet tous les séquestrés à une surveillance étroite afin de repérer toute personne opposée à sa thèse séparatiste. Pour ce faire, la Direction du Polisario encourage la délation, en proposant des avantages à toute personne qui dénoncerait un présumé opposant. Une fois ce dernier dénoncé, il est aussitôt arrêté par les milices qui le soumettent à la torture avant de l'emprisonner, souvent pendant plusieurs années, dans des geôles aménagées loin des camps, sous forme d'un dédale de grottes exiguës dans lesquelles les détenus sont mis en isolement. C'est ainsi que le Polisario évince tous ses opposants, véritables « coupables » ou simples suspects. Les sympathisants du Polisario ne sont pas, non plus, à l'abri des arrestations arbitraires, dans la mesure où même des fautes non intentionnelles (panne d'un véhicule, perte de l'arme, sommeil pendant les factions, etc.) sont considérées comme une conspiration contre la « révolution », donc passibles de lourdes peines d'emprisonnement. Par ailleurs, vu que le Polisario est de plus en plus sujet à la hantise, à mesure que les contestations se multiplient, il s'ingénue à inventer diverses formes de torture, plus cruelles les unes que les autres. C. Les types de torture auxquels sont soumis les marocains séquestrés à Tindouf Tous ceux qui se sont opposés aux thèses séparatistes du Polisario ont été soumis aux formes de torture les plus cruelles, à commencer par le bandage des yeux pour les empêcher de situer leur lieu de séquestration et les isoler les uns des autres, jusqu'à la mutilation et l'amputation des membres (cas, entre autres, de Terrouzi Ahmed Ould Ahmed Aïcha, qui a été soumis à ces pratiques pendant deux ans). D'autres personnes ont été soumises à la torture par électrocution des parties génitales, tel que fut le cas de Ould Cheik Selama qui a perdu l'usage de son organe génital suite à une longue exposition à ce type de torture. Quant aux brûlures avec mégots de cigarettes, arrachement des ongles et des dents et tatouage des initiales « F.P » sur le corps des victimes, ce sont des pratiques courantes dont témoignent, entre autres, les ex-détenus, Ahmed Zoubir et Ahmed Bazid Ould Bada. Parmi les tortionnaires qui ont le plus marqué les séquestrés par leur cruauté et leur barbarie, il y a lieu de citer le nommé Sidi Ahmed Al Batal, ex directeur de la sécurité militaire, et qui a été atteint de cécité totale suite à une blessure lors d'affrontements avec les forces armées marocaines en 1984. Ainsi, toutes ces exactions perpétrées par le Polisario à l'encontre des marocains séquestrés dans les camps de Tindouf sont contraires au texte et à l'esprit de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants -adoptée en vertu de la Résolution de l'Assemblée générale des Nations Unies, A/RES/39/46, du 10 décembre 1984- et au Protocole facultatif y afférent, adopté le 18 décembre 2002 en vertu de la Résolution A/RES/57/199 de l'Assemblée générale. D. Les violations des droits de la femme Les femmes séquestrées dans les camps de Tindouf, plus particulièrement celles dont les familles sont reconnues, ou simplement suspectées, comme partisanes de la thèse unioniste avec le Maroc, sont traitées avec une extrême cruauté. Elles sont réduites à l'esclavage, à la merci des dirigeants du Polisario qui leur imposent les tâches les plus dégradantes et les soumettent aux abus les plus ignobles. Dans ce sens, les veuves et les célibataires sont les plus exposées à ces traitements barbares ; et au moindre signe de refus de leur part, elles sont soumises à la torture, puis emprisonnées. De ce fait, nombreuses sont celles qui développent de graves complications psychologiques ou optent pour le suicide. Ainsi, le Polisario transgresse tous les textes internationaux relatifs aux droits de la femme, dont notamment la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, adoptée le 18 décembre 1979, le Protocole facultatif y afférent, adopté le 6 octobre 1999, et la Déclaration sur l'élimination de la violence à l'égard des femmes, adoptée le 20 décembre 1993. II. La révolte des séquestrés des camps de Tindouf contre les actes de cruauté commis à leur égard par le Polisario Devant la persistance et l'accroissement des violations graves des droits de l'Homme dans les camps de Tindouf, les populations se sont révoltées à plusieurs reprises, exprimant leur désapprobation et dénonçant leurs tortionnaires, les dirigeants du Polisario en l'occurrence. Toutefois, le soulèvement le plus important reste celui de 1988, et qui avait duré pendant une semaine. Les séquestrés s'étaient révoltés contre le « comité exécutif » et autres organes du Polisario, et avaient brandi des pancartes sur lesquelles figuraient le nom de Feu Hassan II, signe de leur volonté à rejoindre leur pays, ainsi que des slogans anti-polisario afin d'exprimer clairement leur opposition aux pratiques et thèses de cette organisation séparatiste. Le deuxième soulèvement d'envergure fut celui de juin 2006, qui avait éclaté suite au mauvais traitement qui a été infligé par les milices du Polisario à un jeune opposant, nommé Habbabi Ould Hmimed. La révolte avait éclaté dans les camps du « 27 février » et de « Smara » pour s'étendre ensuite à tous les camps. Ce soulèvement a été contré par une répression d'une particulière brutalité ; et les affrontements entre les manifestants et les milices armées du Polisario ont engendré plusieurs blessés graves, dont Hmida Ould Mohamed Cheik Bellal qui a succombé à ses blessures. Pendant ce soulèvement, les séquestrés fuyaient en direction des forces de la MINURSO, établies dans les environs des camps, mais ils en ont été empêchés. Dans le même contexte, pendant le mois de novembre 2006, un séquestré a été tué dans la localité d'Oued Ammi Lahcen, aux environs de Tindouf -il s'agit de Saleh Otmane Zini, originaire de la tribu des Rguibates Lahcen Ouhmad-, alors que son accompagnateur, Abdellah Houcine Ben Mahjoub, surnommé Bousnina -originaire de la tribu des Rguibates Sellam- a été gravement blessé, et a dû être transporté d'urgence, sous haute surveillance, à l'hôpital de la ville algérienne de Bechar. Les deux victimes faisaient partie d'un groupe de cinq personnes essayant de rallier le Maroc et qui ont été interceptées par une unité de l'armée algérienne qui a ouvert le feu sur leur véhicule. Ce bref aperçu de quelques-unes des exactions commises par le Polisario, et cautionnées par l'Algérie, devrait interpeller la communauté internationale et les organisations humanitaires internationales à intervenir afin de mettre un terme à la situation dramatique des marocains séquestrés dans les camps de Tindouf. Aussi des commissions d'enquête doivent-elles être dépêchées vers ces camps afin de constater l'ampleur des crimes auxquels sont exposées ces populations et traduire leurs instigateurs devant la justice internationale. L'ingérence humanitaire est dans le cas d'espèce un devoir de la communauté internationale.
Mohammed El Moukallif Enseignant en Droit international Public ŕ la Faculté de Salé
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