Droits de l'Homme
La dimension humanitaire du différend saharien et l'applicabilité des textes du Droit International Humanitaire |
S'il est un conflit où la dimension humanitaire a été reléguée au second plan, pour ne pas dire sciemment occultée, c'est bien celui du Sahara occidental ; et ce, en dépit du fait qu'il s'agisse du sort de milliers de personnes, civiles et militaires, dont le calvaire dure depuis plus de 30 ans. L'origine du drame humanitaire du conflit du Sahara, l'un des plus longs sinon le plus long de l'histoire, remonte au début des années 1970, période durant laquelle le Polisario allait naître à l'initiative d'un groupe de jeunes marocains alors membres de l'Armée de libération nationale (branche Sud). Ce groupe d'étudiants marocains imprégnés de l'idéologie communiste qui prévalait à l'époque allait être encouragé, notamment par certains pays satellites du bloc soviétique, pour former un mouvement séparatiste destiné à affaiblir le Maroc ; ce dernier étant considéré comme un allié de l'occident, donc comme un ennemi. De ce fait, la question du Sahara -qui était supposée trouver son issue dès la récupération par le Maroc de ses provinces sahariennes dont l'occupation espagnole allait prendre fin en 1975- a pris un nouveau tournant. Cette fois, il n'était plus question de parachèvement de l'intégrité territoriale du Royaume du Maroc, mais bien d'une affaire de sécession soutenue et financée par un ensemble de pays dont, en premier lieu, l'Algérie. Dans le cadre de cet affrontement procédant de calculs hégémoniques et de divergences idéologiques allait s'établir une association criminelle orchestrée principalement par l'Algérie et Cuba qui agiront, en toute impunité, par Polisario interposé. Cette association dans laquelle les intérêts géostratégiques priment sur les droits fondamentaux des populations a engendré une situation humanitaire dramatique à plus d'un titre. En effet, lorsque l'on parle de portés disparus dont le sort reste inconnu, de centaines de familles exilées, contre leur gré, et confinées dans des camps de séquestration dans le sud-ouest algérien et de milliers d'enfants déportés vers des pays où il sont réduits à l'esclavage dans ses formes les plus avilissantes, on évoque également les souffrances de centaines de familles marocaines des provinces du sud, car c'est de leurs membres dont il s'agit. Ainsi, depuis plus de trois décennies, le Polisario viole et transgresse toutes les règles du droit international humanitaire, notamment en retenant les populations des camps de Tindouf contre leur volonté, et en les instrumentalisant à des fins de propagande mystificatrice. En outre, ces populations, réduites en un simple objet de marchandage, essayent de subsister tant bien que mal dans des conditions d'extrême précarité et sont quotidiennement soumises à l'arbitraire et à l'oppression. Aussi les violations commises par les séparatistes du Polisario s'étendent-elles à toutes les catégories, à commencer par le rapt et la déportation, en passant par la violation des textes internationaux relatifs à la protection des prisonniers, jusqu'à la privation des populations de leurs droits les plus fondamentaux, tels que la liberté d'expression ou de circulation. I. Le déplacement forcé et la déportation des populations vers les camps de séquestration Ne pouvant prétendre à des revendications directes sur les provinces sahariennes relevant du territoire marocain, l'Algérie, soutenue, entre autres, par Cuba, œuvrera à créer une entité étatique qui lui serait totalement inféodée, et lui permettrait de concrétiser ses ambitions hégémoniques. Visant ainsi à monter, de toutes pièces, un « peuple » préfabriqué pour légitimer l'existence d'une imaginaire « république arabe sahraouie démocratique » (RASD), ces deux pays, l'Algérie et Cuba en l'occurrence, ont encadré et cautionné une vaste opération de déportation et de séquestration de centaines de familles marocaines et d'autres originaires des pays limitrophes, notamment de la Mauritanie et de l'Algérie. En effet, en analysant la composition des populations dites « réfugiées » dans les camps de Tindouf, l'on s'aperçoit qu'elles sont de diverses origines et nationalités. Ainsi, les premières familles ayant été fallacieusement transformées en « réfugiés », sont originaires de la région même de Tindouf autour de laquelle elles nomadisaient. Les points d'eau et les zones de pâturage se raréfiant, la sédentarisation de cet ensemble de familles s'est effectuée au moyen de ravitaillements mis à leur disposition par le groupe séparatiste. Arrivèrent ensuite des familles d'origine mauritanienne dont quelques membres ont été enrôlés par le Polisario en tant qu'opérateurs de transmission, vu leur maîtrise de la langue française. Puis, en 1976, usant d'opportunisme, le Polisario a investi la zone sud-est du territoire marocain, en même temps que l'armée espagnole s'en retirait, et a procédé à l'acheminement, sous la contrainte, des populations de cette région vers Tindouf. Ce fut la première opération de déportation et de déplacement forcé des populations originaires du Sahara marocain vers les camps de séquestration. Celles-ci furent rejointes par des familles d'origine mauritanienne qui, ayant été délaissées après que la Mauritanie se soit retirée des positions qu'elle occupait, ont été « récupérées » par le Polisario. Ce dernier avait récupéré les zones qui étaient sous contrôle mauritanien, en vertu d'un accord signé après le coup d'Etat de juillet 1978, qui avait porté au pouvoir Mustafa Ould Salek. En 1979, et toujours au moyen d'attaques visant les populations isolées et vulnérables, le Polisario allait investir un village dans les alentours de la ville marocaine de Smara et enlever quelques 700 individus tous âges confondus. Deux ans après, constatant que sa marge de manœuvre rétrécissait à mesure que la construction du mur de défense marocain avançait, le Polisario a mené une campagne de rapt systématique de toutes les populations qui nomadisaient dans la région, sans distinction de leurs pays d'origine. Notons toutefois, que la majorité des familles déportées étaient originaires du sud du Maroc. Ces opérations de déportation et de déplacement forcé ont été dénoncées par plusieurs ex-séquestrés des camps de Tindouf qui ont réussi à rallier le Maroc, et parmi lesquels figurent un grand nombre d'anciens cadres et dirigeants du Polisario. Cela a été également corroboré par des étrangers qui ont pris part à ces opérations, tel l'ex-responsable des services secrets cubains, Juan Vives, qui vit en exil depuis 1979. En effet, ce dernier a déclaré dans le cadre d'un témoignage cité par l'hebdomadaire « La gazette du Maroc » dans son édition du 05 août 2007 : « Après la création du front du Polisario, nous avons mis le paquet sur les opérations d'enlèvements et du kidnapping des civils Sahraouis que nous avons séquestrés dans des camps en vue de les endoctriner et les former au maniement des armes pour la lutte armée ». Ces faits ainsi prouvés, il va sans dire que le Polisario, et à travers lui les pays qui ont organisé ces opérations, ont transgressé toutes les règles fondamentales du droit international humanitaire qui proscrivent la déportation et le déplacement forcé des populations. Rappelons dans ce cadre la Quatrième Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre (12 août 1949), qui dispose dans son article 49 que « les transferts forcés, en masse ou individuels, ainsi que les déportations de personnes protégées hors du territoire occupé dans le territoire de la Puissance occupante ou dans celui de tout autre Etat, occupé ou non, sont interdits, quel qu'en soit le motif ». Par ailleurs, en attaquant des zones civiles et en déplaçant de force les populations qui y étaient établies, le Polisario a transgressé la règle contenue dans l'article 13 du Protocole additionnel aux Conventions de Genève du 12 août 1949, relatif à la protection des victimes des conflits armés non internationaux (Protocole II, 8 juin 1977), qui dispose dans son deuxième alinéa : « Ni la population civile en tant que telle ni les personnes civiles ne devront être l'objet d'attaques. Sont interdits les actes ou menaces de violence dont le but principal est de répandre la terreur parmi la population civile. » Toujours dans le cadre des violations des instruments internationaux relatifs à la protection des personnes civiles, il importe de rappeler que, loin de se contenter de la déportation des populations, le Polisario a également procédé au pillage de leurs biens de subsistance, notamment en décimant leurs bétails et en saccageant leurs lieux de résidence. Par cet acte, les éléments armés du groupe séparatiste, encadrés par les agents de leurs tuteurs, ont transgressé l'article 14 du Protocole susmentionné, qui dispose : « ...Il est par conséquent interdit d'attaquer, de détruire, d'enlever ou de mettre hors d'usage à cette fin des biens indispensables à la survie de la population civile, tels que les denrées alimentaires et les zones agricoles qui les produisent, les récoltes, le bétail, les installations et réserves d'eau potable et les ouvrages d'irrigation. » A la lumière de ce qui précède, il s'avère que la proclamation même de ladite « RASD » s'est faite sur la base de violations graves du droit humanitaire international. Une fois la première phase de cette entreprise macabre achevée, celle de la déportation et de la séquestration en l'occurrence, il était question de maintenir, contre leur gré, les populations des camps pour les présenter, ensuite, à la communauté internationale en tant que « peuple » revendiquant son droit à l'autodétermination, le Maroc étant cette « puissance occupante » qui l'a contraint à l'exil. C'est là qu'intervient la deuxième phase du projet obsessionnel nourri par le Polisario et ses adjuvants, celui du maintien d'une entité étatique ne vérifiant aucune des conditions nécessaires à la naissance d'un Etat, même dans leur aspect strictement théorique, au moyen d'une politique fondée sur la contrainte, la terreur et l'oppression. II. Les prisonniers de guerre marocains Après l'échec de nombreuses tentatives de règlement du différend du Sahara, les parties au conflit ont conclu, sous l'égide des Nations Unies, un accord de cessez-le-feu qui entra en vigueur en 1991. De ce fait, tous les prisonniers marocains devaient être libérés et rapatriés au Royaume ; et ce, en vertu de l'article 118 de la Troisième Convention de Genève relative au traitement des prisonniers de guerre, qui dispose : « Les prisonniers de guerre seront libérés et rapatriés sans délai après la fin des hostilités actives ». Or, pour le Polisario, la question des militaires marocains faits prisonniers lors des affrontements armés était perçue comme une opportunité pour inscrire la menace du retour aux armes dans la continuité ; d'où la libération partielle de ceux-ci. Pourtant, le Conseil de sécurité des Nations Unies avait à maintes reprises enjoint au Polisario de libérer les détenus marocains, notamment dans sa résolution 1429 du 30 juillet 2002 à travers laquelle il « ...demande au Front POLISARIO de libérer sans nouveau retard tous les autres prisonniers de guerre conformément au droit international humanitaire ». Agissant ainsi, le groupe séparatiste et, surtout, l'Algérie -pourtant partie[1] à cette Convention depuis le 20 juin 1960- ont violé l'article 118 de la Convention susmentionnée, étant donné que les libérations partielles ne sont tolérées que dans des cas spécifiques, tel que précisé dans l'article 109 de la même convention. Par ailleurs, et toujours en violation des instruments internationaux relatifs au traitement des prisonniers de guerre, le Polisario a non seulement détenu les éléments des Forces armées marocaines pour des périodes dépassant les 20 ans, mais il leur a également infligé des traitements cruels et dégradants, dont la plupart ont gardé des séquelles physiques et psychologiques indélébiles. Dans ce sens, la Fondation France Libertés cite dans un rapport réalisé en juillet 2003[2] : « Il y a eu plusieurs vagues de libérations partielles (...) Aussi, il est évident que la plupart des prisonniers de guerre marocains que nous avons rencontrés sont dans un état de délabrement physique et moral qui aurait nécessité leur rapatriement direct ou leur hospitalisation en pays neutre bien avant le cessez-le-feu». A la lumière de cette révélation, et quand bien même les hostilités seraient encore actives, ces prisonniers auraient dû être libérés en vertu de l'article 109 de la Troisième Convention de Genève, qui dispose dans son deuxième alinéa : « Pendant la durée des hostilités, les Parties au conflit s'efforceront, avec le concours des Puissances neutres intéressées, d'organiser l'hospitalisation en pays neutre des prisonniers blessés ou malades visés par le deuxième alinéa de l'article suivant... ». De surcroît, la question des prisonniers de guerre marocains est instrumentalisée par le Polisario dans le cadre de sa propagande dolosive. En effet, chaque libération d'un groupe de détenus marocains est entourée d'une large campagne médiatique orchestrée par le mouvement séparatiste qui vise à travers de telles actions à abuser la communauté internationale. Sur un autre plan, il est à rappeler que les prisonniers de guerre marocains sont exploités par les séparatistes du Polisario pour effectuer des travaux forcés et sont littéralement réduits en esclaves. Chose qui a poussé la Fondation France Libertés à conclure son rapport en ces termes : « A la lumière de l'enquête que nous avons menée, il est aujourd'hui impossible pour France Libertés de continuer à intervenir dans les camps de réfugiés sahraouis à Tindouf où le travail forcé des prisonniers de guerre marocains se pratique depuis 28 ans. France Libertés est en effet consciente d'avoir participé indirectement, sans le savoir bien évidemment, à l'utilisation d'une main-d'oeuvre illégale et esclave »[3]. En somme, si le Polisario est désigné comme l'instigateur de tous ces actes de barbarie, la responsabilité de l'Algérie ne s'en trouve pas pour autant désengagée, voire même que l'on pourrait parler de circonstances aggravantes en ce qui concerne son implication dans ces violations du droit humanitaire international. En effet, en tant qu'Etat indépendant et souverain, partie à la majorité des instruments internationaux relatifs au droit humanitaire, l'Algérie est tenue de respecter ses engagements vis-à-vis de la communauté internationale. Aussi devra-t-elle répondre de toutes ces violations dans la mesure où, non seulement, elle cautionne les exactions commises par l'organisation criminelle du Polisario, mais également parce qu'elle tolère que de telles forfaitures s'exercent sur son territoire. III. Les violations des droits de l'Homme dans les camps de Tindouf Si la déportation et l'exil forcé constituent à eux seuls une atteinte grave aux droits de l'Homme, pour les populations séquestrées dans les camps de Tindouf, cela ne constitue que le début d'un long calvaire. En effet, traumatisées par les effets désastreux de la séparation et de la dénaturation, ces populations sont, depuis plus de 30 ans, à la merci des dirigeants du Polisario qui, au moyen d'une politique faisant fi de toutes les règles du droit international humanitaire, œuvreront à maintenir leur emprise sur ces milliers de personnes. Les premiers aspects des violations graves des droits de l'Homme infligées aux populations séquestrées dans les camps de Tindouf se manifestent dans leur privation d'un droit fondamental, à savoir le droit à la vie dans la mesure où les milices armées du Polisario exécutent systématiquement toute personne qui tente de rallier le Maroc ou tout autre pays limitrophe. Ces exécutions sommaires sont également pratiquées par des unités de l'armée algérienne qui patrouillent dans le Sahara. Ainsi, en novembre 2006, les unités de l'armée algérienne ont ouvert le feu sur un véhicule qui transportait cinq personnes tentant de rallier le Maroc. Cela avait provoqué la mort du jeune Saleh Otmane Zini, alors qu'aux termes du premier alinéa de l'article 6 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (1966) : « Le droit à la vie est inhérent à la personne humaine. Ce droit doit être protégé par la loi. Nul ne peut être arbitrairement privé de la vie ». Ces violations s'étendent également au droit à la libre circulation. En effet, la hantise des dirigeants du Polisario -suscitée par les vagues de ralliement au Maroc des personnes fuyant l'oppression exercée dans les camps de Tindouf- est telle que tout droit de circuler, même à l'intérieur de ceux-ci, est prohibé sauf quelques rares exceptions qui concernent généralement des individus ayant accès aux faveurs des éléments du Polisario grâce à la délation ou toute autre forme de collaboration. Quant au droit de se déplacer hors des camps, il est encore plus limité, et lorsqu'il est consenti c'est en contrepartie d'une garantie de retour, notamment en retenant le reste de la famille (conjoint, enfants ou autres). Pour les voyages à l'étranger, seuls les proches du commandement, si ce ne sont exclusivement les membres des familles des dirigeants, peuvent y accéder. Cela constitue une violation grave de l'article 13 de la Déclaration universelle des droits de l'Homme (10 décembre 1948), qui dispose : « 1) Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un Etat. 2) Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. » Cette même disposition a été reprise dans l'article 12 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (1966), qui ajoute dans son quatrième alinéa : « Nul ne peut être arbitrairement privé du droit d'entrer dans son propre pays. » Mais les exactions commises par les dirigeants du Polisario, souvent en coordination avec les services de renseignements militaires algériens, ne se résument pas aux violations susmentionnées. Ainsi, même la liberté d'opinion est confisquée. Dans ce sens, et pour taire toute contestation et éviter le risque de sa propagation, les populations séquestrées sont quadrillées selon un système hérité de l'idéologie communiste. La délation constitue dans ce cadre un moyen « préventif » par excellence ; aussi, chaque groupe de 11 personnes est constitué en cellule dont le chef, en permanente liaison avec un Commissaire politique, rapporte les moindres faits et gestes. De ce fait, si ledit chef de cellule fait état d'une quelconque opinion jugée contraire aux orientations idéologiques du Polisario, le présumé coupable est immédiatement mis aux arrêts, soumis à de longues et cruelles séances de torture, voire même exécuté en public pour dissuader le reste des populations d'envisager toute forme de contestation. Cette politique suivie par les dirigeants du Polisario est contraire aux dispositions de l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'Homme, qui dispose : « Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit ». La privation de ce droit est également condamnée par l'article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. S'ajoutent à toutes ces formes d'actes de barbarie : la torture, l'esclavage, les pratiques humiliantes et dégradantes, l'atteinte à la dignité humaine, etc.[4] Toutefois, et sans minimiser le caractère inhumain de toutes les exactions précitées, la question de la violation des droits de l'enfant reste la preuve la plus accablante des pratiques criminelles perpétrées par la Direction du Polisario et ses soutiens. En effet, depuis 1976, le Polisario suit une politique de déportation systématique des enfants des camps de Tindouf vers certains pays en vue d'y suivre une formation militaire. Pour ce faire, les enfants étaient enlevés à leurs familles sous prétexte de scolarisation à l'étranger. Mais en réalité, cette opération avait pour objectif leur acculturation et leur initiation à l'idéologie communiste ; formation au terme de laquelle ils devaient percevoir le Maroc comme un ennemi. Or, cela constitue une violation de l'article 20 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques qui dispose: « 1) Toute propagande en faveur de la guerre est interdite par la loi. 2) Tout appel à la haine nationale, raciale ou religieuse qui constitue une incitation à la discrimination, à l'hostilité ou à la violence est interdit par la loi. » Par ailleurs, le choix des enfants comme cible privilégiée, procède d'un projet de destruction identitaire visant à effacer tout référent sociologique ou culturel ; cette opération ayant échoué auprès des populations adultes dont les liens avec leur mère patrie sont trop forts pour être effacés à travers des programmes d'endoctrinement et des discours rébarbatifs. Dans ce cadre, Juan Vives, ex-responsable des services secrets cubains -vivant en exil en France- a affirmé, que « c'est un kidnapping international d'enfants ». Ayant, lui-même, été étroitement associé aux opérations de rapt des enfants des camps de Tindouf et leur exil vers Cuba, M. Vives témoigne : « Parfois, les enfants étaient trop petits. Ils pleuraient pour voir leurs parents... certains étaient tellement petits qu'ils avaient oublié quels étaient leurs parents.»[5] Cet « aveu » de Juan Vives, corrobore les témoignages recueillis auprès de nombreux ex-membres du Polisario et de personnes ayant réussi à rallier le Maroc. Parmi ces témoignages on peut citer celui rapporté par le quotidien marocain « L'économiste »[6], émanant d'un jeune qui a été déporté à Cuba pendant 15 ans. Une simple opération arithmétique permet de conclure que Hammoudi El-Bihi, âgé de 26 ans lors de cette entrevue, en avait à peine 9 lorsqu'il a été séparé de sa famille pour suivre un entraînement militaire draconien dans les casernes cubaines. Témoignant des souffrances tant physiques que morales qui lui ont été infligées, ainsi qu'à des centaines d'autres enfants originaires du Sahara, Hammoudi El Bihi déclarait : « Nous avons été envoyés à Cuba dès notre bas âge. Nous étions seulement des enfants et on nous utilisait comme otages pour empêcher nos familles de regagner le Maroc », ajoutant : « Nous avions entre 8 et 10 ans et nous devions suivre une formation militaire...». Loin de constituer un cas unique, Hammoudi El-Bihi n'est qu'un parmi les milliers d'enfants sahraouis vivant toujours à Cuba. Ces forfaitures commises à l'égard des enfants des séquestrés des camps de Tindouf constituent une violation grave de tous les textes internationaux relatifs à la protection des droits de l'enfant, dont la Convention relative aux droits de l'enfant (20 novembre 1989) qui dispose dans son article 8, alinéa 1 : « Les Etats parties s'engagent à respecter le droit de l'enfant de préserver son identité, y compris sa nationalité, son nom et ses relations familiales, tels qu'ils sont reconnus par la loi, sans ingérence illégale». En outre, une grande partie de ces enfants demeurent, jusqu'à ce jour, à Cuba et grand nombre d'entre eux sont exploités par des réseaux mafieux qui les destinent notamment à la prostitution ou aux travaux forcés dans les plantations de sucre ou de tabac. Dans ce sens, l'European Strategic Intelligence and Security Center (ESISC) conclue un chapitre dédié à la question des enfants des camps de Tindouf en ces termes : « En conclusion, les témoignages que nous avons recueillis accréditent l'idée que des enfants sahraouis envoyés à Cuba sont exploités économiquement et sexuellement (...) La séparation forcée d'enfants et de leurs parents pour de longues périodes nous semble s'apparenter à une prise d'otages dont les autorités cubaines se rendent complices. »[7] En somme, et dans l'incapacité d'énumérer toutes les exactions perpétrées par les dirigeants du Polisario et leurs soutiens, il est à constater que le droit international humanitaire est violé dans toutes ses dimensions. Par ailleurs, et il importe de le préciser, il ne s'agit pas de violations qui pourraient être assimilées à des dérapages ou des dépassements, mais il est bien question d'un crime contre l'humanité dont les victimes se comptent en dizaines de milliers tous âges et tous genres confondus. Et les crimes contre l'humanité sont imprescriptibles. De ce fait, il n'est désormais plus question de se contenter de dénoncer les violations ayant cours dans les camps de Tindouf, mais il est temps de prendre toutes les mesures nécessaires afin qu'un terme soit mis à ce drame humanitaire, et que les coupables répondent de leurs crimes. Les Instances internationales en charge des droits de l'Homme et les organisations humanitaires sont appelées à briser le mur du silence dont les dirigeants du Polisario et les autorités algériennes, entourent les camps de Tindouf. L'Algérie doit, quant à elle, répondre de sa responsabilité juridique et morale dans les violations et les abus, qui sont perpétrés sur son territoire et sous la supervision de ses services de sécurité. La mobilisation de la communauté internationale devrait également consister en l'encouragement de toute initiative de nature à permettre de régler définitivement le différend du Sahara. Or, et en dépit de la bonne foi dont certaines parties ont fait montre, notamment le Maroc, le Polisario et ses soutiens continuent de camper sur leurs positions traditionnelles opposées à toute solution équitable qui ne servirait pas les ambitions hégémoniques des uns et les intérêts individuels des autres. Ainsi, ayant favorablement accueilli la proposition d'autonomie du Sahara, la communauté internationale devrait la défendre et l'appuyer, non seulement parce qu'elle constitue l'option la plus appropriée pour un règlement équitable et consensuel, mais également et surtout parce qu'elle est de nature à délivrer les populations séquestrées dans les camps de Tindouf des souffrances qui leur sont infligées depuis plus de trois décennies.
1. Convention de Genève (III) relative au traitement des prisonniers de guerre, article premier: « Les Hautes Parties contractantes s'engagent à respecter et à faire respecter la présente Convention en toutes circonstances ». 2. Fondation France Libertés, « Mission internationale d'enquête sur les conditions de détention des prisonniers de guerre marocains détenus à Tindouf (Algérie) », juillet 2003, p. 14. 3. « Mission internationale d'enquête sur les conditions de détention des prisonniers de guerre marocains détenus à Tindouf (Algérie) », Fondation France Libertés - juillet 2003. 4. « Depuis 1981, Amnesty International a également exprimé sa préoccupation au sujet des abus commis dans les camps de réfugiés sous la responsabilité des autorités du Polisario dans la région de Tindouf, au sud de l'Algérie. Les violations des droits de l'homme dans les camps de réfugiés... incluaient les détentions arbitraires prolongées, la torture et l'assassinat délibéré d'opposants connus ou suspectés au Front Polisario ». European Strategic Intelligence and Security Center (ESISC) - « Le Front Polisario : Partenaire crédible de négociations ou séquelle de la guerre froide et obstacle à une solution politique au Sahara occidental ? », novembre 2005, p.65. 5. Témoignage diffusé par la chaîne de télévision marocaine « 2M » dans le cadre de l'émission « Grand Angle », le 24 novembre 2005, 6. N° 2056 du 4 juillet 2005. 7. L'European Strategic Intelligence and Security Center (ESISC) - « Le Front Polisario : Partenaire crédible de négociations ou séquelle de la guerre froide et obstacle à une solution politique au Sahara occidental ? », novembre 2005, p.50.
Amine Lahlou Analyste
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