Analyses
Pour Un Libre Échange Méditerranéen… |
L'accord d'Agadir, instaurant une zone de libre échange entre le Maroc, la Tunisie, l'Égypte et la Jordanie, apparaît comme une étape décisive vers l'édification d'un véritable marché commun arabe, ce vieux rêve panarabe dont les prémices remontent aux années 50. Depuis, la grande zone arabe de libre échange (G.Z.A.L.E), dont le but principal est la mise en œuvre d'un programme de libéralisation progressive des droits de douane et taxes équivalentes sur une période de dix ans à raison de 10% à partir de janvier 1998, est apparue bloquée et aucune négociation véritable n'a été engagée en raison de diverses contraintes pesant sur le développement du commerce intra régional Sud-sud.
Pour les signataires de l'accord d'Agadir, tout apparaît plus simple du fait de l'accord respectif du Maroc, de la Tunisie, de l'Égypte et de la Jordanie avec l'Union européenne ainsi que de la nouvelle dynamique de libre échange entre les pays riverains de la Méditerranée. En termes de chiffres, ce projet de développement économique regroupe un ensemble de plus de 100 millions de personnes, réalisant un produit intérieur cumulé de près de 150 milliards d'euros, ouvrant la porte aux possibilités d'une intégration régionale pour d'autres pays tels l'Algérie, la Mauritanie, la Syrie, le Liban, la Libye et la Palestine présents lors des négociations de l'Accord d'Agadir.
Le commissaire européen chargé des relations extérieures, Chris Patten, a d'ailleurs comparé l'accord d'Agadir à la naissance du Marché Commun Européen, soulignant que ce nouveau marché attirera des flux substantiels d'investissement européens et des sources d'emplois. " A mesure que ces avantages commenceront à se concrétiser " souligne-t-il, " j'ai la conviction que d'autres pays méditerranéens prendront conscience des possibilités d'une intégration régionale comme instrument de progrès économique ". L'Union Européenne appuie donc cette initiative de zone de libre échange, assurant une aide de 4 millions d'Euros pour l'application de mise en place des instruments de l'accord d'Agadir.
En " background " de cette future intégration régionale il faut sans doute noter le rôle moteur du Maroc dans l'édification d'un Maghreb prospère, l'ouverture vers le monde arabe et la consolidation des échanges entre les pays riverains de la Méditerranée, tout en étant à l'écoute des visées économiques de l'Union Européenne. Une Europe dont l'objectif est de définir une politique proposant à ses voisins la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes, en quelque sorte les buts principaux de la zone de libre échange prévue dans l'accord d'Agadir.
Il n'y a en définitive plus qu'à espérer que cet effort de construction de cet espace régional développé par les riverains du sud de la Méditerranée signataires de cet accord ne soit pas entravé par des situations régionales conflictuelles ou crisogènes.
Michel DEBONO
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