Analyses
Vendredi 11 juin 2004, la démission de James Baker de sa fonction d'envoyé personnel du secrétaire général de l'Onu pour le Sahara est officielle. Confirmé au cours de cette journée par le porte-parole des Nations-Unies, le renoncement de l'ancien secrétaire d'État américain au poste qu’il occupait depuis 1997, avait été notifié, plusieurs jours auparavant, par lettre, à Kofi Annan. Ce retrait ne peut s'interpréter que comme un échec des tentatives de James Baker de trouver une solution pacifique et acceptable par les parties engagées dans ce conflit artificiel.
Réagissant à cette nouvelle donne, le ministre marocain des Affaires étrangères, Mohamed Benaïssa, a déclaré que la démission de M. Baker traduit sa politique de « rejet de certains principes qui portent atteinte à l'intégrité territoriale du Maroc". Les "principes" évoqués par le chef de la diplomatie marocaine se réfèrent, de toute évidence, aux termes du "Plan Baker II" qui proposaient que le Sahara soit doté d'un statut d'autonomie sous la souveraineté marocaine durant quatre ans au moins et cinq ans au plus, au bout desquels un référendum serait organisé. Présenté en Janvier 2003, ce plan a été rejeté par le Maroc, favorable à l’option de l’autonomie sous souveraineté marocaine. Rabat a, en effet, refusé la perspective du référendum, celui-ci étant "obsolète" et "inapplicable", et proposé une "large autonomie définitive", dans le cadre de la souveraineté marocaine qui est "non négociable".
En effet, l'insistance de Rabat à proposer, rechercher et défendre une solution politique respectant ses droits légitimes sur ses provinces du Sud a démontré la contre productivité, en la matière, du démissionnaire. D'autant plus que James Baker, dans son second plan et ses dernières déclarations, ignorait délibérément le rôle de l’Algérie comme principal acteur du problème, tentant ainsi de présenter le dossier comme opposant uniquement le Maroc au polisario. Or, comme l'a rappelé Mohamed Benaïssa dans la même déclaration: "le conflit du Sahara marocain, qui est la cause première du Maroc et des Marocains, que ce soit dans le cadre de l'Onu ou ailleurs, est au fond un conflit entre le Maroc et l'Algérie, et ne peut être résolu qu'entre ces deux pays frères". En outre, Rabat n'a jamais cessé de soutenir que la solution du conflit se trouve à Alger. D'où ses appels permanents et réitérés à chaque occasion à un dialogue direct entre le Maroc et l’Algérie. D'ailleurs, la France, les États-Unis et dernièrement l’Espagne de Zapatero ont adhéré a cette intime conviction.
Par ailleurs, Rabat a regretté cette démission, qualifiée de décision personnelle, et a rappelé "les efforts louables et sincères déployés par M. James Baker, depuis sa nomination à ce poste en 1997, en vue de parvenir à une solution de ce différend régional". Et d'affirmer, dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères et de la coopération, que "le Maroc continuera, comme par le passé, à oeuvrer de bonne foi avec l’ONU et les autres parties sur la voie d’un compromis, respectueux de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Royaume, agréé par tous et servant les intérêts supérieurs de la région du Maghreb".
Avec le départ de l'ancien secrétaire d'État américain qui avait à la fois une mission exceptionnelle et un titre exceptionnel (Envoyé personnel du secrétaire général de l'Onu pour le Sahara), c'est le péruvien Alvaro de Soto qui devra "continuer à travailler avec les parties et les pays voisins à la recherche d'une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable" du différend. C'est, de toute évidence, un retour à une gestion onusienne normale du dossier, puisque c'est désormais un haut fonctionnaire de l'Onu, qui porte le titre organique de représentant spécial du secrétaire général pour le Sahara depuis octobre 2003, qui est en charge de cette gestion, et non plus une "personnalité diplomatique". C'est là un véritable tournant.
Selon certains observateurs, la démission de James Baker peut ouvrir la voie à une nouvelle approche du problème basée sur une solution politique négociée entre les deux parties directement concernées, Rabat et Alger, et ce dans l'intérêt de la région maghrébine et pour la sécurisation de la rive sud de la Méditerranée. Une telle voie parallèle semble actuellement empruntée par la diplomatie madrilène avec l'aval des USA, de la France et de l'Union européenne.
En tout cas, l'éponge jetée par l'ex-envoyé personnel du Secrétaire Général de l'Onu pour le Sahara doit inciter la communauté internationale à tirer les enseignements de l'échec de Baker, et à rechercher une solution définitive à ce conflit artificiel. Et ce, dans la perspective du 31 octobre 2004, date à laquelle le secrétaire général devra présenter un nouveau rapport sur la question du Sahara au conseil de sécurité, comme le stipule la résolution 514 du 29 avril 2004, qui a aussi prorogé, de six mois, le mandat de la MINURSO, composée de 230 observateurs militaires et casques bleus.
Anis DOUKKALI
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