Analyses
Ce que l’on appelle communément « Sahara occidental » a été une création coloniale qui a vu le jour au début du XXe siècle. C'était la résultante d'un accord conclu entre la France et l'Espagne qui, avec la Grande-Bretagne, traçaient des lignes plus ou moins droites à travers le continent africain pour s’y créer des colonies. La France s'est taillée l'Algérie en lui adjoignant la bande côtière des vastes étendues sahariennes pour en faire en fin de compte l’un des plus vastes pays de la région. Cette expansion s'est également traduite par le fait que l'Algérie est devenue contiguë à d'autres colonies de l'Afrique de l'Ouest, particulièrement la Mauritanie et le Sahara occidental. Les ambitions françaises se heurtaient alors à l'opposition espagnole, en regard particulièrement du fait que le Sahara occidental est situé en face des Îles Canaries où une flotte de pêche espagnole était et reste encore basée, dans une zone réputée pour ses énormes ressources composées d'espèces comme les sardines, le poulpe et le calamar. Afin de protéger ses intérêts dans la région, l'Espagne a colonisé le Sahara occidental. L'Algérie et la Mauritanie indépendantes ont hérité du découpage colonial à l'intérieur des lignes tracées arbitrairement par la France et l'Espagne dans des régions qui auparavant n'avaient jamais fait partie en totalité ou en partie d'un quelconque Etat établi selon l'entendement du droit occidental. Dans le monde musulman, en revanche, les Etats n'étaient pas délimités par des frontières précises établies avec carte à l’appui. Un souverain musulman, comme le Sultan du Maroc, réunissait sous son pouvoir ce qu'on pourrait appeler une zone d'influence, et dès lors les fonctionnaires et responsables locaux qui détenaient le contrôle effectif du territoire et avaient juré allégeance au Sultan se considéraient comme faisant partie du domaine gouverné par le Sultan. Ce mode s'appliquait également à des fonctionnaires, tels les cheikhs et les caïds établis au Sahara occidental. Le concept islamique de la souveraineté a été ignoré par la France et l'Espagne. Il n'y avait ni balises frontalières, ni postes de douanes ou de police, ni cartes traçant les délimitations de frontières, si bien que les puissances coloniales ont eu beau jeu de s'ériger des frontières à leur convenance. C'est ainsi que dans son édition de 1897, l'encyclopédie française Larousse indiquait que la superficie du Maroc était de 812.000 kilomètres carrés, mais en 1956, après que le Maroc eut recouvré son indépendance de la France et de l'Espagne, la même encyclopédie ne donnait pour superficie totale du Maroc que 430.810 kilomètres carrés. Cette réduction, allant du simple au double, a pris en compte le fait que l'Espagne avait colonisé le Sahara occidental et amputé le territoire marocain de pas moins de 400.000 kilomètres carrés. Dans un traité signé avec les Etats-Unis d'Amérique, sitôt le Maroc devenu le premier pays les avoir reconnus comme Etat indépendant, il a été convenu que le Maroc viendrait en aide aux bateaux américains se trouvant en difficulté dans les eaux côtières entre Tanger et le fleuve Sénégal, impliquant ainsi que Washington considérait toute cette région comme faisant partie du Maroc. L'héritage colonial de la France et de l'Espagne a été pris en main par Algérie, qui proclame désormais que les frontières africaines étaient inviolables et ne sauraient faire l'objet de modifications. C'est bien naturel, ces frontières ont fait de l'Algérie un des plus vastes Etats d'Afrique. Cette allégation algérienne a été également appliquée au Sahara occidental dont le découpage était opéré par Espagne et devenu, par conséquent, un Etat distinct. Les habitants en étaient censés lutter pour recouvrer leur indépendance, alors qu'ils n'étaient jamais indépendants en tant que nomades, s'adonnant par contre à leurs activités pastorales sur de vastes régions au Maroc, en Algérie, au Mali et en Mauritanie. Il est un fait historique qu'on ignore souvent, à savoir que la plupart des dynasties ayant régné sur le Maroc sont originaires de ce qu'on appelle aujourd'hui le Sahara occidental et qui ont créé des empires venus subir, plus tard, un découpage au gré des puissances coloniales. Aussi vaste que les États-Unis dans la région de par sa superficie, le Sahara de l’afrique du nord se trouve historiquement partagé entre huit pays limitrophes et aucun parmi eux n'exerce une indépendance garantie et effective en ce qui concerne ses habitants vivant dans le désert, et certainement pas l’Algérie qui en compte le plus grand nombre et où les tribus Touaregs y représentent une entité ethnique distincte. De fait, le raisonnement algérien avançait que l'Espagne avait créé un Etat et une identité nationale. Les Marocains ont suspecté que l'Algérie cherchait simplement par sa détermination à créer un satellite socialiste ayant la même vision des choses qu'elle et à avoir ainsi accès à l'Océan Atlantique pour ses exportations minérales. L'accès à l'Atlantique pourrait être d’une grande importance pour l’Algérie, car dans la partie du sud-ouest du pays, près de la ville-oasis de Tindouf, se trouve le gisement de fer de Gara Jebilet. On estime ses réserves à deux milliards de tonnes de minerai de fer de haute teneur, ce qui fait de lui l'un des gisements les plus riches du monde. Pour les Algériens, l'exploitation, la fonte et l'exportation du minerai de fer constituent une perspective d'une valeur économique considérable. Néanmoins, cette perspective se trouve bien en butte à un problème de transport. Car le minerai de fer doit être transporté, soit par rail vers la côte méditerranéenne algérienne, une distance de plus de 1.300 kilomètres et impliquant un coût dépassant les sept dollars/tonne, soit à travers le sud du Maroc vers l'Atlantique pour un coût approximatif de quatre dollars/tonne. L'Algérie a opté pour l'itinéraire le moins onéreux lorsqu'en 1969 elle a signé un traité avec le Maroc par lequel a été convenu le transit du minerai de Gara Jebilet à travers le sud du Maroc jusqu'à l'Atlantique. Quelques années plus tard, cependant, l'Algérie s'est montrée réticente à traiter avec le Maroc à ce sujet et, par contre, a conclu un autre accord avec l'Union soviétique, lequel se proposait le développement du gisement du minerai de fer précité par les deux parties et d'en assurer le transport à la côte méditerranéenne à travers le territoire algérien. Cependant, ni le traité avec le Maroc, ni l'accord avec l'Union soviétique n'ont été mis en oeuvre. Après le déclenchement du conflit du Sahara occidental, les observateurs étaient convaincus que l'Algérie soutenait le Polisario uniquement parce qu'il s'ensuivrait pour elle la création d'un Etat-satellite disposé à coopérer pleinement avec elle et probablement un coût beaucoup plus réduit pour le projet du minerai de fer. Sur la question du Sahara Occidental, les hauts responsables algériens déclaraient itérativement que l'Algérie n'avait aucune querelle avec le Maroc, tout en adoptant une attitude constamment hostile à son égard. L'Algérie a expulsé plus de 30.000 marocains qui y résidaient, alors que les Algériens vivant au Maroc ont été autorisés à y rester sans aucun harcèlement à leur encontre; par ailleurs, des éléments subversifs armés se sont infiltrés au Maroc à partir du territoire algérien plusieurs fois pendant le règne du Roi Hassan II et l'Algérie a fermé sa frontière avec le Maroc en août 1994. L'Algérie a embrassé la « cause » du Front Polisario pour contrer ce qu'elle décrit comme une « annexion » par le Maroc du territoire, alors que, de fait, ledit territoire a été cédé par l'Espagne conformément à un accord signé à Madrid le 14 novembre 1975. Quand elle a avait été exhortée à apporter sa médiation dans le conflit, l'Algérie a répondu qu'elle ne pouvait parler au nom du Polisario, lequel est basé sur le territoire algérien. En dépit de ce qui précède, l'Algérie a servi de levier dans l'obtention de la reconnaissance officielle de la soi-disant République Arabe Sahraouie Démocratique du Polisario par 74 états, tout en la faisant admettre par ailleurs comme membre à part entière au sein de l'Organisation de l'Unité Africaine. En outre, elle a doté les guérilleros de missiles antiaériens sophistiqués, de chars, de véhicules blindés pour le transport de troupes et d'autres véhicules, ainsi que de bases et de logistique sur le territoire algérien près de la ville de Tindouf. C'est ce qui a permis au Polisario de lancer des attaques contre les forces marocaines et de se replier en sécurité en Algérie. Doté d'armes provenant de l'Union soviétique et d'autres pays communistes, telle la Corée du Nord, le Polisario était l'un des mouvements du genre les plus lourdement armés du monde. Il soutenait avec fanfaronnade que l'indépendance du Sahara occidental était inéluctable et que Maroc serait mis à ses genoux. L'Algérie assimilait la campagne du Polisario à ce qu'elle appelait la lutte glorieuse du Vietnam pour l'indépendance et à sa propre guerre contre la France. On doit souligner toutefois que le Vietnam et l'Algérie sont devenus indépendantes non parce que les armées américaines et françaises avaient été battues, mais parce que ces guerres étaient devenues très impopulaires aux Etats-Unis et en France. La pression de l'opinion publique tant dans ces pays qu'à l'étranger a forcé leurs gouvernements à adopter des solutions politiques. Mais au Maroc aucune voix ne vient s'élever pour réfuter la conviction que le Sahara occidental fait partie du Maroc. Depuis 1975, les Marocains sont unanimes sur cette question. De même, Il n'y eut aucune protestation au sujet soit du coût de la guerre, soit des pertes en vies humaines. Les guerres, pour les Etats-Unis et la France, étaient devenues impopulaires partiellement parce que leurs troupes combattaient sur des terres étrangères. Mais les Marocains sont convaincus qu'ils luttent pour et dans leur propre pays. Pendant ce temps, la situation militaire a évolué en faveur du Maroc après l'édification des lignes de défense jouxtant les bordures orientales du territoire, ce qui a cadenassé de façon effective les quatre-cinquièmes de la région pour les guérilleros. Par conséquent, un cessez-le-feu a été instauré et l'Organisation des Nations Unies a été chargée d'organiser un référendum pour établir si les habitants veulent l'indépendance ou leur intégration au Maroc. Le problème le plus épineux a porté sur l'identification de ceux qui sont éligibles à voter. Mais eu égard au fait qu'aucun accord n'a pu être trouvé sur cette question, en dépit de nombreuses tentatives de l'ONU en la matière, il semble qu'on envisage une troisième solution pour régler ce conflit. Cette nouvelle approche ne porterait pas sur une indépendance ou intégration absolue, mais plutôt sur une forme d'autonomie sous le drapeau marocain. Aujourd'hui le territoire est un refuge paisible que visitent les touristes pour se délecter du goût de la vie et de la culture du désert. Il exerce un tel attrait, grâce en partie au développement économique et social considérable consenti par le Maroc, que la région attire des investisseurs, dont quelques Américains. Ernest Bergeson de Californie et sa femme Elly de Louisiane viennent d'ouvrir un hôtel dans l'oasis de Lemsied, près de la ville principale du territoire, Laâyoune, avec un restaurant, chambres d'amis et hammam turc pour les touristes qui commencent à s'y acheminer en nombre croissant. La même voie a été frayée par Bob Chen, chinois d'origine et citoyen américain naturalisé. Il travaillait avec la Mission de la Minurso de l'ONU au Sahara occidental. Actuellement retraité, il a ouvert la Maison de Chen, un restaurant chinois à Laâyoune, où est basée une flotte de pêche et où il y a des provisions régulières de fruits de mer pour la préparation de plats orientaux. Ceux-ci peuvent être considérés comme des investissements modestes, mais ils sont d'autant plus significatifs qu'ils administrent la preuve que les gens croient en un Sahara occidental à la fois paisible et stable sous l'autorité du gouvernement à Rabat, capitale du Maroc.
Stephen O HUGHES
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