Analyses

La Mauritanie face au conflit du Sahara Marocain

Les divers développements de l'affaire du Sahara marocain ont démontré qu'il s'agit en réalité d'un litige entre le Maroc et l'Algérie. Dans le but de concrétiser ses ambitions hégémoniques en Afrique du nord, celle-ci s'est opposée au parachèvement de l'intégrité territoriale du Royaume en parrainant le Polisario depuis sa naissance (voire même qu'elle est son véritable géniteur). Elle a notamment mis à sa disposition, ressources financières, armements, en assurant l'entraînement de ses membres et permettant son établissement sur des parcelles de son territoire.

De ce fait, c'est l'Algérie et non le Polisario, qui est considérée comme la principale partie du conflit Saharien. Elle reste donc, l'unique et effectif partie au conflit, en mesure de favoriser un règlement définitif de ce différend.

Si la position de l'Algérie sur la question du Sahara est très claire, qu'en est-il de celle de la Mauritanie? Comment la position de ce pays frontalier a-t-elle évolué ?

Suite à la reconnaissance par le Maroc de la Mauritanie en 1969, une normalisation des rapports  a eu lieu entre les deux pays, notamment sur la question du Sahara.

Ainsi, le 17 septembre 1974, le Maroc a décidé, de concert avec la Mauritanie, de porter l'affaire du Sahara devant la Cour Internationale de Justice (CIJ) afin de réfuter les allégations de Madrid selon lesquels le Sahara serait au moment de sa colonisation une terre sans maître (terra nullius). Plus précisément,  elle devait répondre aux questions suivantes :

1. Le Sahara Occidental (Saguia El Hamra et Rio de Oro), était t-il, au moment de la colonisation par l'Espagne, un territoire sans maître «terra nullius» ?
Si la réponse à la première question est négative,
2. Quels étaient les liens juridiques de ce territoire avec le Royaume du Maroc et l'ensemble mauritanien?

Au mois d'octobre de la même année, la CIJ a rendu son avis consultatif où elle reconnaît « l'existence de liens juridiques et de liens d'allégeance entre le Maroc et le Sahara ». Or, conformément au droit public musulman qui constitue la trame des prérogatives du Sultan, Commandeur des Croyants, les liens d'allégeance constituent le fondement de la pratique de la souveraineté.

Et c'est sur cette base que Feu Hassan II décida de lancer la Marche Verte - qui réunit 350000 volontaires - pour la récupération pacifique de son Sahara. Elle se matérialisa le 14 novembre 1975 par l'accord tripartite de Madrid (reconnu par l'ONU) - entre l'Espagne, le Maroc et la Mauritanie- et la récupération par le Maroc de « Sakia el Hamra ». Cet accord fut par ailleurs entériné par l'Assemblée Générale des Nations Unies puis par la « Jemâa » représentant la population sahraouie.

Ainsi, le règlement du différend saharien fut réglé en conformité avec le chapitre VI de la Charte des Nations Unies, portant sur le règlement pacifique des différends.

En 1976 la pseudo RASD fut proclamée avec le soutien algérien, mais sans avoir la reconnaissance de la Mauritanie.

C'est dans ce contexte que le rapprochement entre le Maroc et la Mauritanie sur la question du Sahara, a conduit à de nombreuses agressions contre ces pays, de la part d'éléments du Polisario en provenance du territoire algérien. La Mauritanie a notamment été attaquée en décembre 1975 par le Polisario. Et un raid de ce dernier a eu lieu à Zouerate. Plusieurs tentatives de renversement du président Ould Daddah ont été entreprises conduisant finalement au coup d'Etat militaire du 10 juillet 1978 et à l'instauration d'un « Comité de redressement national » qui deviendra quelques mois plus tard Comité Militaire de Salut National (CMSN) qui aura pour président  temporairement le lieutenant colonel Mustapha Ould Mohamed Salek et comme vice président Ahmed Ould Bouceif (qui deviendra lors de la création du CMSN, premier ministre, et qui aura le pourvoir effectif). Ce coup d'Etat militaire ne sera pas sans impact sur la position mauritanienne vis-à-vis de l'Affaire du Sahara.

L'arrêt des attaques du Polisario contre la Mauritanie interviennent dès le mois d'octobre de l'année 1978. En parallèle, des contacts ont débuté entre les responsables mauritaniens et certains dirigeants du Polisario, mais considérés par la Mauritanie comme de « simples contacts préliminaires ». Mais jusque là il n'a jamais été question de remettre en cause l'alliance antérieure.

Suite à la mort de Ahmed Ould Bouceif en mai 1979, le colonel Ould Haidallah devient premier ministre. L'arrivée au pouvoir de Haidallah (en tant que premier ministre en 1979 puis en tant que chef de l'Etat en 1980) va accentuer l'engagement mauritanien entamé auparavant avec le Polisario. Les quelques jours qui ont suivi ont été marqués par des rencontres entre responsables algériens et mauritaniens au sujet du Sahara. Ainsi, lors du sommet de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA), actuelle Union Africaine (UA), tenu à Monrovia du 18 au 22 juillet 1979, la Mauritanie a changé de position en votant pour une résolution préconisant le référendum au Sahara. Puis quelques jours plus tard, le 3 août 1979, des négociations s'engagèrent de nouveau, à Alger entre les dirigeants du Polisario et de la Mauritanie.

Les responsables mauritaniens ont conclu le 5 août 1979, un accord de paix avec le Polisario plus connu sous le nom d' «Accord d'Alger ».  En vertu de cet accord, la Mauritanie « n'a et n'aura jamais de revendications territoriales ou autres au Sahara occidental » et rétrocède le territoire de Oued Eddahab au Polisario, remettant ainsi en cause l'accord tripartite de Madrid signé  en 1976.

Il en résulte que, sous la pression de l'Algérie et de la Libye et après de nombreux contacts avec les éléments du Polisario,  la Mauritanie avait décidé de se désengager définitivement du Sahara au profit de ce dernier.

La signature de cet accord enclencha le processus de récupération de la province de Oued Eddahab, abandonnée par la Mauritanie. Ainsi, le 14 août 1979, les représentants des tribus de cette région ont prêté allégeance au roi Hassan II, consacrant ainsi la réintégration de ladite région à la mère patrie. Le serment d'allégeance émanait des « représentants des tribus des Ouled Dlim, des Reguibat, Aït Lahcen, Skarna, Laroussiyne, Ezzaguiyne, Ouled Cheick Mâ El Aïnine, Ouled Tidrarine, Yggout, Aït Ba Amran, des familles de Mohamed Salem, celles de Barak Allah, Id Yaqob, Tandgha, El Fuikat et Imaguene. »

Ainsi, la récupération de Oued Eddahab s'est effectuée sur des bases juridiques et politiques légitimes.

En 1984, la Mauritanie finit par reconnaître la fantomatique « RASD ».

Ainsi la position mauritanienne est passée d'une neutralité positive à négative concernant la question du Sahara, à une alliance avec le tandem Polisario-Algérie.

Cependant avec l'arrivée le 12 décembre 1984 du colonel Maaouiya Ould Taya, une nouvelle politique de la part de la Mauritanie prend place vis-à-vis de l'affaire du Sahara. Même si la Mauritanie ne retire pas sa reconnaissance de la RASD, elle renoue les liens diplomatiques avec le Maroc et adopte des positions plus favorables aux thèses marocaines. En bref, elle renoue donc avec sa politique de neutralité plutôt positive vis-à-vis de la question Saharienne. De plus, depuis le début du 21ème siècle, le Maroc et la Mauritanie intensifient leurs relations économiques et politiques.

Le changement récent du pouvoir en Mauritanie n'a pas changé cette donne. A ce titre, le Président mauritanien, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdellahi, a appelé à une « solution consensuelle » au conflit du Sahara, soulignant l'intérêt avec lequel son pays suit les développements actuels relatifs à cette question. Dans un entretien accordé à la chaîne de télévision allemande Deutsche Wellen, il a affirmé que la question du Sahara « nous intéresse au plus haut point et nous en suivons tous les développements ». Selon lui, la position de la Mauritanie consiste « à veiller à entretenir de bonnes relations avec nos voisins du Nord, le Maroc et l'Algérie », et que partant de ce principe, son pays « a constamment soutenu les solutions consensuelles ». Il a ajouté que « c'est cette position que la délégation mauritanienne était chargée de défendre » aux négociations sur le Sahara, qui se sont déroulées à Manhasset (New York), sous l'égide des Nations Unies.

Meriem Aouad

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