Développement

L’Agenda 21 dans les provinces du Sud : le pari du développement durable

La signature, en janvier 2006, d'un accord relatif au programme de mise en œuvre du processus de l'Agenda 21 dans les provinces du Sud marque le début d'un ambitieux programme d'action qui vise la promotion d'un développement durable par une gestion plus équitable des ressources naturelles qui procure des bénéfices permanents aux populations et à l'économie de la région. Cette initiative coïncide avec le lancement de l'initiative nationale du développement humain et du projet d'autonomie pour les provinces du Sud. L'initiative Agenda 21 peut bénéficier de cette conjoncture très favorable. Quels sont les enjeux de ce vaste programme ? Quelles sont les stratégies développées ? Quelles opportunités offrent- ils pour l'avenir de la région ?

I.  Les enjeux du développement durable des provinces du sud 

Historiquement, le Sahara marocain a toujours constitué un relais privilégié pour le commerce caravanier dont les itinéraires ont longtemps fait de ces provinces marocaines une plaque tournante des échanges commerciaux avec le continent africain. Ainsi, Cette région a  toujours constitué le point d'ancrage du Maroc en Afrique subsaharienne.

Lorsque le Maroc a récupéré le Sahara en 1975, il a engagé un effort exceptionnel pour aider cette région à rattraper son retard économique et social. Il s'agissait pour les gouvernements marocains successifs de combler les déficits accumulés après une longue présence espagnole sur ce territoire. Le développement local a été marqué par plusieurs aspects, en particulier, la mise à niveau, dans une première étape, des infrastructures ayant permis à la région de connaître d'immenses chantiers.

Le Sahara d'aujourd'hui ne ressemble en rien à celle d'hier. Le Maroc a hérité d'un territoire aux besoins immenses et présentant de réelles contraintes :

D'abord, l'immensité du territoire est une contrainte majeure au développement de la région. En effet,   elle rend difficile le désenclavement des localités éloignées, ainsi que   la généralisation des équipements de tous les centres en infrastructures de base (électricité,  routes, télécommunication, eau potable, dispensaires, écoles, etc.). Par ailleurs, l'éloignement de la région des principaux centres économiques du pays, entraîne un surcoût de transport des produits et rend difficile l'approvisionnement en matières premières, et la disponibilité d'une main d'œuvre qualifiée.

Ensuite,  les conditions naturelles des provinces du sud sont très difficiles. La région se caractérise par une semi- aridité liée à une modeste pluviométrie. L'absence des eaux de surfaces mais surtout la rareté des ressources en eau potable. La solution relative au dessalement de l'eau de mer s'avère très coûteuse.

Enfin, l'urbanisation accélérée au Sahara a généré d'autres problèmes liés à l'aménagement du territoire et à la satisfaction des besoins vitaux des populations de la région. En effet,  68.5 % de la population des provinces Sud est concentrée dans des villes. Selon le recensement général de la population et de l'habitat de 1994, 58 % des centres urbains ont une population de moins de 10.000 habitants, 24 % ont une population qui ne dépasse pas 30.000 habitants, alors que seule la population de Laâyoune dépasse le seuil des 100.000 habitants. En 2004, la population urbaine est estimée à 563 325 habitants, soit un taux d'urbanisation de 75,73%[1].

La fragilité de l'écosystème des provinces du Sud et les fortes pressions liées à l'urbanisation provoquent une inquiétante dégradation de l'environnement dans la région. Plus que jamais, les problèmes environnementaux préoccupent les décideurs. La préservation de l'environnement devient un enjeu central du développement de la région.

II.  L'Agenda 21 et la stratégie de développement des provinces du sud

La problématique environnementale qui réside dans la rupture des équilibres entre besoins croissants et ressources en nette régression, oblige les acteurs à formuler de vraies réponses.  Le lancement de l'agenda 21 dans les provinces du Sud traduit cette volonté d'action à travers une approche globale et intégrée. Le projet engagera un processus de concertation et de coopération local porteur d'une vision d'avenir qui concilie les impératifs du développement économique et la préservation de l'environnement. La concertation, la bonne gouvernance et l'implication des acteurs locaux constituent les principes directeurs de cet ambitieux projet.

 Pour pouvoir réaliser un développement soutenable sur le plan écologique et juste, sur le plan social, il faut faire en sorte que les populations participent aux prises de décision relatives à l'utilisation des ressources. Pour Michel Prieur « Le développement durable n'a de sens au plan politique que si les décisions sont prises par ceux qui en subiront les effets, ou du moins avec leur active participation »[2]. L'agenda 21, dans son chapitre 27, « Renforcement du rôle des ONG partenaires pour un développement durable », est très explicite à cet égard quant aux responsabilités futures de l'ONU et des Etats : « Le système des Nations Unies, y compris les institutions internationales de financement et de développement, devront, en liaison avec les ONG, prendre des mesures afin d'étudier les moyens de renforcer les procédures et mécanismes existants par lesquels les ONG participent à la conception des politiques, à la prise de décision, à l'exécution ...créer au sein de chaque organisme des mécanismes et des procédures en vue de faire appel aux connaissances et aux points de vue des ONG...concevoir des moyens souples et efficaces permettant aux ONG de participer aux processus d'évaluation de l'application de l'Agenda 21 »[3].

En décidant d'étendre cette approche aux provinces sahariennes du Sud marocain, les responsables du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) affichent clairement leur volonté de collaborer avec les autorités marocaines et les acteurs locaux dans la mise  en œuvre du plan d'action du programme Agenda 21.

 Cette initiative soutenue par le PNUD coïncide avec le lancement, en mai 2005, de l'Initiative Nationale pour le Développement Humain destinée à combler le retard  affiché dans la réalisation des objectifs du Millénaire tracés par les Nations Unis et auxquels le Maroc adhère entièrement. Les provinces du Sud bénéficient des divers programmes et actions dans le cadre de cette initiative[4]. Assurer la conformité des actions de l'INDH aux politiques environnementales nationales est l'un des objectifs du plan de gestion de l'environnement (PGE).

Concrètement, un accord relatif au programme de mise en œuvre du processus de l'Agenda 21 local dans les provinces du sud a été signé, le 28 janvier 2006, entre plusieurs départements ministériels, l'agence pour la promotion et le développement des provinces du sud avec le soutien du PNUD. Cette convention, d'une durée de trois ans, dotée d'une enveloppe budgétaire de 10 millions de dirhams, vise à appliquer l'approche de l'Agenda 21 local. Les centres urbains de Tarfaya, Assa Zag, Tata, Tan Tan et Guelmim bénéficieront d'un mécanisme d'aide à la décision pour un développement local intégré.

Egalement, le programme vise le renforcement des capacités locales dans les domaines de la planification et de la gestion rationnelle et l'amélioration de l'environnement et des conditions de vie des populations.

Elaboré dans le cadre de la coopération entre l'agence pour la promotion et le développement des provinces du Sud et le PNUD, ce projet constitue une nouvelle approche du développement local basée sur la bonne gouvernance. Il vise la promotion d'activités génératrices d'emploi, une meilleure gestion des ressources hydriques, la lutte contre la désertification par la restauration de l'agriculture oasienne.

Le souci de la durabilité et de la gestion intégrée nécessite, au préalable, l'implication des acteurs locaux dans la définition des objectifs fixés par ce programme. Aussi, pour réussir cette expérience, il est nécessaire de réunir les conditions indispensables à une mise en œuvre effective de l'Agenda 21 au niveau local :

  • Développement des capacités locales de programmation et de gestion à travers des formations de base aux acteurs impliqués.
  • Le développement des interactions entre les niveaux, local et national, par la mise en place de mécanisme de concertation[5].
  • La mobilisation des financements à divers niveaux et des autres appuis potentiels à l'action locale.

Le processus Agenda 21 constitue une opportunité à saisir surtout que son lancement coïncide avec le lancement de l'initiative marocaine pour un statut d'autonomie dans la région du Sahara  qui confère aux populations des provinces Sud et à leurs représentants de larges pouvoirs pour élaborer  des politiques  conformes aux spécificités locales. Le pari est d'approfondir la décentralisation et le développement humain local.


 


[1] Source : Direction de la statistique et recensement Général de la population et de l'habitat 2004.

[2] Michel Prieur, « Démocratie et droit de l'environnement et du développement », Revue Juridique de l'environnement  1-1993.

[3] Extrait du programme d'action Agenda 21.

[4] Un budget de 100 millions de dirhams a été alloué au projet « initiative pour la promotion de l'emploi et le développement ».

[5] Le processus Agenda 21 doit être conforme à la Stratégie Nationale de Développement Durable et au Plan d'Action National de l'Environnement.

Smaïl Kouttroub

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